Vercors le silence de la merde Vercors.

Sous ce titre se cache en fait une série de nouvelles écrites (sauf une « Ce jour-là ») pendant la Seconde Guerre mondiale.

Des « témoignages » de cette triste période de notre histoire, allant directement à l’essentiel, sans fioritures.

« Le silence de la mer » raconte la « rencontre » d’un officier allemand éclairé, qui connait et aime les grands auteurs français avec un oncle et sa nièce qui vont se faire un honneur de ne pas adresser la paroles à cet ennemi (sauf à la toute fin !), ennemi qui pense innocemment que l’Armistice signée la France et l’Allemagne vont construire une nation plus forte ! Sa deception sera d’autant plus forte qu’il espérait illustrer cette « alliance » avec la jeune nièce.

Les autres nouvelles toujours narrées, évoquent la Résistance, les camps de concentrations, la rafle des Juifs…

Se lit d’une traite…pour ne pas oublier !

Un extrait de « La marche à l’étoile »

Qu’ajouterais-je ? La gorge serrée par le chagrin et l’amertume, je tentai de faire comprendre à Stani que ces larmes, que ces cris ne furent pas, hélas ! ceux d’une ultime frayeur. Mais ceux  – et j’en ai le cœur déchiré  – de la détresse, du désespoir, de l’horreur, de l’agonie d’un amour assassiné.

Mon Dieu, pourquoi n’avez-vous pas aveuglé Thomas jusqu’à la fin ? Pourquoi voulûtes-vous qu’en la brève seconde de ce dernier regard il aperçût ce visage horrible, — ce visage que nous portons tous en nous— nations ou hommes, — celui de la part désespérée qui fut toujours à Mammon ? De quoi l’avez-vous puni ? Ou de quoi m’avez-vous puni ? Car depuis qu’il n’est plus, chaque jour la réalité de son existence m’accable, — de son existence en cette mortelle seconde que je n’ai pas su, que nous n’avons pas su, que ceux qui sont restés dignes de son amour n’ont pas su lui épargner.

Et s’il faut, mon Dieu, que je porte en moi désormais le souvenir  – imaginaire mais tenacement, mais atrocement présent  – de cet ultime regard, pourquoi m’en punissez-vous dans la limpidité de mon amour pour ma patrie ? Car je sais bien, je sens bien qu’il y a quelque chose d’altéré dans cet amour. Que peut-être je ne pourrai plus, jamais, penser à la France avec la joie pure de jadis. Oh ! pas à cause de la France. À cause de ce regard.

Et pourtant, je le sais aussi, cela ne troublera guère nos importants, — tous ces habiles qui ont les deux pieds sur la terre et toisent la grandeur d’une nation à la mesure de ses profits. Peut-être, même, prendront-ils avantage de ce que je viens d’avouer pour triompher : « Notre amour, à nous, ne fléchit pas pour si peu ! » Ils me donneront encore des leçons de patriotisme. Que répondrai-je ? Ils sont plus forts que moi, ils me fermeront la bouche.

Alain


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