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Bonne lecture…

 

Il avait tout planifié. Jusque dans les moindres détails.

Il avait d’abord repéré sa proie. Une Châlonnaise, vendeuse en assurances au verbe haut et en vacances dans le sud depuis une semaine,  qui l’avait saoulé toute l’après-midi en parlant de son ex, plaqué le mois dernier parce qu’il ne voulait pas d’enfant.

Il avait écouté l’étalage d’une vie insipide à laquelle Il mettrait fin dans quelques heures. Amen. Il lui rendait service en somme. A ses oreilles aussi. Elles avaient besoin de silence désormais.

Ensuite, Il lui avait demandé si elle souhaitait prendre un dernier verre chez lui, en « tout bien tout honneur ». Il adorait cette phrase stupidement rassurante. Son allure de gentleman désabusé, son regard énigmatique et son sourire charmeur avaient fait le reste. Sa proie avait dit oui.

 

La vaste demeure à Villeneuve-lès-Avignon, avec son jardin à la française entretenu par un personnel qualifié, ses colonnes doriques à l’entrée, son parquet ciré par Madame Noémie le matin même, sa cuisine dernier cri qui servait uniquement à réchauffer les plats du traiteur qu’Il se faisait livrer (le temps lui était précieux), son salon avec la cheminée à foyer fermé, au chômage depuis mai, son immense bibliothèque qui renfermait des ouvrages rares et son canapé design d’un blanc immaculé suscitaient chez sa proie des « oh ! » et des « ah » de convoitise. La vendeuse en assurances  se voyait déjà déambuler dans les pièces cossues, dans une robe vaporeuse, une magnifique alliance en diamant à son annulaire. Il lui proposa une dernière coupe de champagne, qu’elle fit mine de refuser « ayant peur » de ne pouvoir se contrôler par la suite mais finit par céder lorsqu’il lui montra la bouteille de Chardonnay, un « salon 1999 ».

Il avait évidemment discrètement versé dans la coupe cette drogue  qui aidait les ratés à se taper des filles qu’ils n’auraient jamais eues autrement, dans des discothèques qui puaient l’alcool et la transpiration depuis que la cigarette était proscrite dans les endroits publics.

La drogue heureusement pour lui agissait rapidement car elle avait remis ça avec son idée de mariage et d’engagement à long terme. Ce que cette brune écervelée ignorait, c’était que le seul engagement qu’Il prendrait, serait celui de son trépas dans quelques minutes.

Enfin dans les vapes,  Il l’avait transportée dans la chambre, posée sur le lit recouvert d’un seul drap.

Il observa un long moment l’ex volubile, caressa ses cheveux et descendit jusqu’à son cou laiteux qu’Il  enserra de ses mains gantées, la regarda étouffer, agoniser, s’agrippant désespérément à la vie et à son bras. Elle céda à la pression de la mort dans les  secondes qui suivirent.

Il l’enveloppa dans un linceul de tissu bon marché (ne pas se faire repérer, jamais, acheter de l’ordinaire car Il savait qu’avec les techniques actuelles on pouvait retrouver quelques fibres sur elle), transporta le corps dans la Volvo break qu’Il n’avait acheté que pour « ces grandes occasions », par la porte qui menait de la cuisine au garage sans sortir de la maison, donc sans éveiller les soupçons d’un éventuel témoin inopiné.

Il mit le corps sans vie dans le coffre, le recouvrit d’une bâche de piscine (bon marché elle aussi).

Il actionna le mécanisme d’ouverture de la porte du garage qu’Il laissa ouverte.

Bien rangés dans une armoire en plastique, les outils de jardinage et de bricolage se côtoyaient. La plupart étaient neufs, Il n’avait pas la main bricoleuse. Il prit la hache achetée il y avait de cela déjà deux ans et qui n’avait jamais servi. Mais Il allait se rattraper.

Il ferma le coffre, s’installa au volant et démarra en douceur, afin de ne pas faire trop crisser les pneus sur les gravillons de la longue allée qui menait à la rue de la Roseraie et franchit le portail en fer forgé, rarement fermé en raison de la quiétude du quartier.

Il prit des petites routes.

A mi-distance entre Maillane et Saint Rémy, Il s’engagea sur un chemin agricole et parcourut une cent cinquantaine de mètres. Cette petite route départementale était déserte à deux heures du matin. Il attacha sur les plaques d’immatriculation des plaques factices, un plan de Jojo la cambriole, qu’Il avait rencontré à la prison de Bel Air.

 


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