Voici pour planter le décor, les premières lignes de notre roman à multiples rebondissements.

Ça commence comme une banale histoire d’après-guerre, mais il ne faut pas se fier aux apparences.

 

« La bonté d’une guerre se juge à la quantité de mal qu’elle fait. »

Victor Hugo

 

CHAPITRE 1

Année 1947

 

Le bercement régulier du train endormait Auguste.

La tête posée sur les genoux de Joséphine, sa mère, il se laissait aller à la douceur du sommeil.

Elle lui caressait délicatement sa chevelure blonde, coupée récemment très court après une invasion de poux.

Il ressemblait étonnamment à Frantz, son père.

Depuis son décès, plus rien n’était pareil. Depuis la guerre surtout. L’année 1947 marquait la fin d’une vie à Strasbourg.

Joséphine souffrait encore. Frantz lui manquait. Et en grandissant, Auguste  lui ressemblait de plus en plus. Il avait hérité de la beauté teutonne et des yeux bleus profonds de son père.

Cet enfant, incarnation d’une trahison aux regards « des bons français », avait été le fruit d’une véritable histoire d’amour, entre une adolescente de 17 ans et un soldat allemand de 19 ans qui n’avait jamais  compris les raisons de cette guerre.

Frantz avait mis à l’abri sa famille  durant ces noires années, mais au mois de Novembre 44, après la libération de Strasbourg, il avait fallu faire profil bas, longtemps. Trop longtemps. Pour qu’Auguste puisse grandir sans trop de difficultés. Et tout cela Joséphine avait dû l’affronter seule, car Frantz était tombé lors des  combats.

D’abord l’humiliation d’une tonte publique. La « pute à Boche » méritait l’exclusion.

Afin de  protéger Auguste, qui n’avait qu’un an et demi, sa grand-mère, Nuria, l’avait emmené à la campagne, chez une de ses parentes, la sœur de son mari Elmer, dont elle n’avait plus de nouvelles depuis son départ pour l’Allemagne dans le cadre du Service de Travail Obligatoire.

L’enfant avait été accueilli à bras ouverts dans une ferme où les habitants, complètement illettrés n’avaient rien compris des années qui venaient de terrasser le monde.

Joséphine, pendant ce temps, seule dans l’appartement de ses parents, réunissait les dernières affaires qu’elle voulait conserver. C’est à ce moment-là que débarqua un groupe de « patriotes » qui durant trois ans avaient courbé l’échine devant l’envahisseur et qui se découvraient à la libération, une âme de résistant.

 

Elle avait dû subir les humiliations encore plusieurs jours, alignée sur le trottoir de la principale avenue de Strasbourg, avec d’autres « victimes », elle avait dû endurer les crachats, les injures et les menaces des passants.

Elle avait tellement pleuré qu’elle n’avait plus de larmes à verser à la fin de la semaine.

Et puis le spectacle avait lassé les « honnêtes gens », elle avait pu rentrer chez elle.

Nuria l’avait tout de suite rassurée sur le sort de son enfant. Elle avait cependant attendu la nuit pour mener Joséphine à la ferme.

L’ensemble sentait la pisse de vache et le fumier mais Joséphine, habituée qu’à la ville ne s’en informa pas, pressée qu’elle était de tenir son fils contre elle, son seul espoir de vouloir rester en vie.

À 19 ans, elle venait de vivre en quelques jours plus que la plupart de ses concitoyens avaient dû endurer pendant cinq ans de guerre. Après une année de vie tranquille où elle avait tant bien que mal aidé les fermiers à quelques menus travaux, ses cheveux ayant repoussé, elle avait décidé de retourner à Strasbourg, ville qui l’avait vu naître et qu’elle chérissait.

Mais si en descendant du bus les gens se retournaient sur elle pour sa beauté, arrivée dans son quartier ce fut un autre accueil auquel elle eut droit.

Les regards mauvais, les chuchotements accusateurs et pleins de mépris, Joséphine ne put les supporter bien longtemps. Elle refusa qu’Auguste ne soit « qu’un fils de boche » à l’école, à la boulangerie, et plus tard quand il voudrait travailler, se marier.

 


Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes:

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>